
Le Prix du Jury a été décerné par Sophie de La Rochefoucauld (présidente du Jury), à l'Académie Internationale Des Arts du Spectacle (AIDAS) de Montreuil, pour leur adaptation du Procès, de Franz Kafka. Une réelle performance de la troupe qui a su séduire les spectateurs étudiants, comédiens, et Angevins. Une performance d'autant plus remarquable que la compagnie s'était produite plus tôt dans la journée à la Faculté des Sciences, avec L'île des esclaves de Marivaux. La troupe a également été récompensée par le prix du public qui leur a été remis par Charlotte Godin, vice-présidente étudiante et Frédérique Leclerq, enseignante en communication à l'IUT d'Angers / Cholet.
Mercerdi 30 mars, atterrissage d’un objet théâtral non identifiable au festival de théâtre universitaire d’Angers...
Qui sont ces êtres étranges venus d’un autre théâtre, loin de celui des corps figés et du texte sacralisé ? « C’est vraiment bizarre! On ne comprend même pas ce qu’ils disent ! ». Regardez ! C’est pourtant limpide! Frais et pétillant comme une bière blanche ! Il y a « Jospeh K », il y a un « Procès », il y a ce réseau grotesque de gens si singuliers dans l’uniforme. Ils s’affairent et déambulent dans une ville agenda faites de quartiers tiroirs. Il y a surtout des corps audacieux, inventifs et précis, des corps complices qui font résonner le gromelot, comme un surplus, un cadeau de l’instinct, une parole au delà des mots conventionnés. Ici, les comédiens ne se contentent pas d’interpréter. Ils jouent. Et ils jouent ensemble. Dans l’espace-temps ouvert par la mise en scène, la scénographie et le costume, ils défient affectueusement leurs personnages aux armes de l’expression. Légers, ils les provoquent en duel, pour une escarmouche satirique aux confins de l’archétype, jusqu’aux éclats virevoltant des traits de caractère. Alors forcément, on entend sans concept, on voit sans repères préconçus, on est embarqué dans la déambulation cyclique de Jospeh K au cœur des artères débilitantes de la ville, dans les tréfonds rigolards de la police intime, dans les tentacules en réparties d’une pieuvre idiote et blagueuse nommée Justice. Car ici, c’est le corps millimétrique, le son et le mouvement qui font le signe et fabriquent du sens dans l’instantané d’images surréalistes. Entre le cartoon et la pantomime, entre Terry Gilliam et le cabaret improbable d’un nouveau pays des merveilles, c’est une belle et drôle horreur pour une Alice devenue un Joseph. Tout naturellement, notre monde « organizer » nous est offert en pâture sur le plateau. Et puisque c’est avec conviction, amour et liberté qu’est jouée l’aliénation, la troupe dépèce dans la joie et le public saute goulument sur la proie. Fatalement, c’est au banquet du rire, dans la jubilation et l’amusement que les spectateurs, ce mercredi, dévorèrent avec tendresse les cadavres sucrés de nos absurdités administrativo-sociales: « spectacle élan », élan vital d’une représentation libératrice, pratique irrévérencieuse de l’adaptation et carnaval iconoclaste du divertissement ; en bref : une gentille claque onirique pour un geste politique gratuit, sans avoir à le revendiquer fièrement, sans avoir à le savoir ou à vouloir que ça se sache, juste en le faisant et en le refaisant encore. Bravo, joyeux aliens en guerre ! Gageons que les enfants du monde entiers, qu’il soit des jeunes ou des vieillards, feront un triomphe à l’équipage de vôtre flotte théâtrale !
Article de Gwenn Guery
(D.U. Théâtre)
















